Un monument de la littérature franco-roumaine - La poésie française traduite en roumain par Ionela Manolescu

Paul Dancescu MD, PhD, FRSTMH

Les deux dernières décennies nous ont apporté la joie et en même temps la fierté de l’apparition en langue roumaine de l’œuvre complète du grand poète français François Villon. L’auteur, poète, essayiste et peintre est Mme. Ionela Manolescu.
La traduction intégrale de l’œuvre du poète français, en édition bilingue est une première dans la littérature roumaine. Le public ainsi que la critique littéraire en Roumanie ont été très intéressés par cette épreuve de compétence et par sa réussite littéraire.
En Roumanie, c’est depuis longtemps, à partir même du dix-neuvième siècle, que la poésie de Villon a fasciné les lettrés et les lecteurs amateurs de poésie. Des traductions modestes et sélectives de Villon, même en petit nombre de pages, ont été offertes au public. La grande difficulté pour les traducteurs roumains a été de comprendre le jargon de la poésie française, ce qui comporte beaucoup d’érudition. Pour cette raison, c’est un mérite exceptionnel de Ionela Manolescu d’offrir aux lecteurs roumains l’œuvre intégrale de Villon. L’accueil a été magnifique et je ne crois pas qu’il y a beaucoup de cultures nationales qui peuvent s’enorgueillir d’une présentation intégrale de la poésie de François Villon. Comment pourrait-on commenter la qualité poétique de la traduction ?
Sans aucun doute, l’œuvre de Ionela Manolescu est un travail exceptionnel, méritoire, car l’auteur est une spécialiste de la langue française ancienne. Subtilement, Ionela Manolescu a très bien compris le sens poétique de l’original français, ce qui lui a permis d’offrir aux lecteurs roumains une véritable création poétique originale, avec de vraies valeurs de finesses et de style. C’est en roumain que Ionela Manolescu a remis en circulation des valeurs philologiques du langage populaire, qui sont bien callées aux intentions du poète français. C’est ainsi que Ionela Manolescu a réussi à nous donner exactement ce que Villon a voulu exprimer dans son langage poétique du moyen-âge, qui est plein de verve, vif et brillant, avec des expressions populaires plastiques et savoureuses et où le sarcasme fait bon ménage avec les sentiments raffinés. A son temps, la poésie de François Villon, pleine de patriotisme et de nuances politiques et sociales, a du sa grande circulation parmi les lecteurs d’époque, grâce à son expression poétique directe, vivement colorée, dépourvue de toute pédanterie et délicatesse livresque, qui étaient en émergence à cette époque.
Auparavant cinq ou six lettrés roumains se sont hasardés à s’approcher de la poésie de François Villon et de lui donner une forme roumaine. Quelques-uns de ces écrivains ont présenté un Villon plutôt romantique, dont l’élégance fait paire de la tristesse. Bien que la beauté ne manque pas, la poésie se penche vers le belcanto. L’espiègle et très souvent l’incisif Villon nous apparaît plutôt comme un vaincu. Parmi les anciens traducteurs, nous mentionnons Zoe Verbiceanu, Romulus Vulpescu, Dan Botta. Même Tudor Arghezi nous a laissé en roumain quelques strophes de la ballade aux dames, inspirées mais seulement quelques strophes.
Ionela Manolescu, saisissant le sens archaïque des mots, c’est profondément approchée du sens profond original de la poésie française, et elle nous a donné non seulement une œuvre de grand raffinement poétique, mais en même temps une œuvre de valeur documentaire, un volume complet et de référence. Présentés sous forme de juxta, les vers roumains sont offerts à tout le monde pour la comparaison avec l’original en français moderne. Déjà bien avant l’œuvre complète de François Villon, la poétesse roumaine a traduit du jargon français jobelin les ballades considérées à tort comme incompréhensibles.
Une deuxième publication, après les œuvres complètes de François Villon en roumain, a compris les œuvres sélectives importantes du poète français, traduites du français du moyen-âge en français moderne, première édition en 1996. Le défi est certainement admirable. L’auteur roumain apporte certaines nouvelles interprétations même par rapport à la plus récente édition française moderne d’André Mary, publiée en 1957 et rééditée en 1970 dans les Classiques Garnier. Pour nous rendre compte de la valeur de la parution de 1996, nous faisons référence à la critique littéraire française qui a été très sensible à la version offerte en français par Ionela Manolescu. Le travail a été bien reçu dans la patrie de Voltaire, à Paris même, et les amis du Club des poètes ont rendu hommage à ce travail dans une réunion en 1997.
Aujourd’hui, un nouveau défi est lancé. Ionela Manolescu a eu le courage de tenter la traduction en roumain du poète canadien de langue française Émile Nelligan. Poésie subtile, avec un langage profond, difficile à aborder à la première lecture et avec une vision abyssale et un tourbillon de sentiments, vient prendre forme en langue roumaine. Une fois de plus, Ionela Manolescu démontre ses possibilités multilatérales de poète et de traducteur en même temps. La traduction des œuvres complètes du poete Émile Nelligan en langue roumaine enrichie la littérature du pays par un véritable trésor de premier ordre.

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